Pour la libre lecture

Les heures s’évanouissent et je me perds à leur suite. Qui échappe à la fureur du siècle? Ainsi, chaque moment de pause accordé à la lecture est pour moi un moment de vraie liberté, un pied de nez à la contrainte. Accepterais-je de me faire imposer un auteur, un titre, qui plus est un rythme de lecture? J’en doute. Je savoure mes lectures personnelles parce qu’elles correspondent à mes exigences littéraires, à mes humeurs, à mon bon plaisir. J’écarte donc bien des livres; cette liberté de choix est une petite conquête, un geste par lequel j’affirme que je suis encore moi, qu’importent les dictats.

La liberté de goût, la liberté de choix font partie des plaisirs essentiels de la lecture. Dans son essai Comme un roman, touchant plaidoyer pour le bonheur retrouvé de la lecture, en famille ou en classe de français, Daniel Pennac formule les 10 droits imprescriptibles du lecteur. Parmi ceux-ci figurent :

le droit de ne pas lire;

le droit de sauter des pages;

le droit de ne pas finir un livre;

le droit de lire n’importe quoi;

le droit de grappiller;

le droit de nous taire.

J’enseigne la littérature depuis plus d’une décennie. Depuis plus d’une décennie, je viole tous ces droits des lecteurs : j’impose des œuvres, j’en vérifie la compréhension, j’entraîne mes élèves à produire un discours savant sur cette lecture. Mais quelque chose en moi se rebiffe : ce cadre strict, conventionnel, trahit l’esprit de la littérature, nie la part de plaisir et de liberté qui lui sont essentielles.

Comment donc faire une place, dans l’enseignement, à la libre lecture? Comment favoriser le choix, l’appréciation, comment permettre le silence, à l’occasion, et susciter une parole plus personnelle?

J’ai imaginé la session dernière un parcours en poésie sur le mode de la flânerie, de l’errance, un parcours non balisé, entièrement personnalisé, et qui s’est révélé très riche. Si j’ai dû imposer par ailleurs des titres pour l’étude commune, j’ai trouvé dans cette formule un équilibre qui m’a réjouie. Et j’ai le sentiment d’avoir permis aux élèves de vivre une expérience littéraire authentique qui a fait d’eux des lecteurs plus mûrs et plus sûrs.

Pour la séquence didactique inspirée de la libre lecture, voir ici.

Marie-Pierre Turcot, Cégep Édouard-Montpetit

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